Born to be bad!

Les sluaghs

Dans un silence de cathédrale, remplissant toute la bibliothèque, une centaine de formes vaporeuses se matérialisèrent en même temps, vision spectrale d’une explosion muette. Une écœurante odeur de pourriture, de charogne et de chairs en décomposition se répandit aussitôt dans l’air : une meute de sluaghs. Ces anciennes fées déchues étaient, selon la légende, tombées depuis des siècles dans les ténèbres les plus profondes. Pire encore : elles étaient devenues des non-mortes aux ordres des Enfers, des êtres d’une cruauté inouïe hantant des corps en perpétuelle putréfaction. Plus dangereuses que des banshees, craintes de tous, et peut-être même de la reine Morgane en personne…

Pendant un instant qui sembla durer une éternité, ces femmes décharnées aux ailes membraneuses jetèrent à Merlin le même regard de défi. Nullement impressionné, le magicien était déjà en position de combat. Il n’avait pas l’intention de répondre à cette intrusion autrement qu’en se battant !

(chap 3 « Au feu ! »)

Sluaghs

Nym

La tempête de neige ayant redoublé, on ne distinguait presque plus le bord de la corniche à côté. Ils tendaient l’oreille, mais n’entendirent rien. En tout cas rien de surnaturel ou de magique… Ils attendirent comme cela de longues minutes, silencieux, tous leurs sens en éveil. Adélice commençait à se demander si elle n’avait pas rêvé, quand, au milieu des flocons qui tombaient par milliers, une forme spectrale se découpa progressivement dans la pénombre de la nuit. Ils la virent en même temps et par réflexe retinrent leur souffle. Mais c’était inutile, ils le savaient. La forme approchait à pas lents, comme si elle glissait sur la neige à la manière d’une fée. Elle s’arrêta à quelques mètres, semblant sortie tout droit d’un cauchemar. Nym, la banshee de Viviane, légèrement luminescente, se tenait devant eux. Robe blanche et pieds nus dans la neige, fragile poupée de porcelaine au sourire carnassier…

– C’est un fantôme ? risqua Dargo, une pointe d’inquiétude dans la voix. J’aime pas trop ça, les fantômes…

(chap 13 « Comme un oiseau sans ailes »)

Bjorken

Björken

Les portes battantes de la salle du trône s’ouvrirent en grinçant. La silhouette massive d’un géant en armes apparut : Björken était de retour à Camaaloth. [...]

Il poussa un soupir à peine perceptible puis retira son casque. Quiconque l’aurait vu à cet instant eût été saisi d’effroi. Son visage présentait de profondes lacérations de part en part, et quelques morceaux de chair pendaient encore par endroits, suintant le long de ses joues balafrées. La peau semblait même avoir été mâchée et déchiquetée par les dents d’un animal sauvage. On aurait dit que Björken portait un masque tant il était devenu hideux. Sa lèvre supérieure, à moitié fendue, se tordait dans un rictus de méchanceté. Mais surtout, le fier Viking était devenu borgne. Le bandeau noir sur son œil droit ne parvenait pas à cacher la paupière mal couturée recouvrant une orbite vide. Ses habits, d’une saleté repoussante, étaient en lambeaux. Même la tête d’ours blanc brodée sur sa cotte d’armes avait perdu de sa superbe : recousu à de nombreux endroits, le fameux blason faisait triste mine, comme s’il avait été piétiné par une horde de trolls… Le corps entier du chef de guerre semblait avoir enduré mille tourments.

(chap 16 « Une nouvelle apprentie »)

Le maître des Enfers

Au bout d’un couloir qui semblait interminable, ils pénétrèrent dans une salle aux dimensions gigantesques, si haute qu’on voyait à peine la roche de la voûte. La lumière y était intense, attisée par des torches innombrables aux murs et avec en son centre un brasier digne des lieux. Kadfael continuait à suivre Merlin qui avançait à vive allure. Ils contournèrent l’immense feu et arrivèrent devant le maître des Enfers en personne, le Gardien des âmes. Il était impossible de le confondre avec un quelconque démon : il était assis sur un trône immense, juché en haut de plusieurs marches. Une sorte de couronne de cerf faite de lave noire incandescente ceignait son crâne chauve tatoué de figures effrayantes. [...]

Le Gardien des âmes se leva et descendit lentement vers ses hôtes. Kadfael essayait de ne pas montrer sa peur, mais ce n’était pas un homme qui venait à lui, c’était un colosse dont le visage était noirci de brûlures. Peut-être avait-il été beau un jour, mais ce n’était plus qu’un lointain souvenir. Ses yeux lançaient des flammes rouges, sa bouche laissait voir une rangée de crocs jaunâtres. Le plus effrayant étaient les nombreuses entailles qui zébraient son visage, on pouvait voir à travers elles la même lave incandescente qui s’écoulait des mains de Merlin peu de temps auparavant.

(chap 27 « La famille c’est l’enfer… »)

Les sirènes

Dépité, Merlin reprit sa position normale, pestant contre les nains, les tavernes, la bière, les grillades… bref, il pestait contre la culture naine dans son ensemble. C’est alors qu’une femme à demi nue surgit des eaux de la rivière, juste devant lui. Ses longs cheveux mouillés coulaient en cascade sur sa poitrine laiteuse. L’eau lui arrivait à la taille. Merlin pensa d’abord s’enfuir, il savait qui elle était. Mais elle était si belle, son regard était si pénétrant qu’il en fut troublé et il hésita une seconde de trop. Il oublia alors totalement pourquoi il devait fuir. La jeune femme se mit à chanter d’une voix très mélodieuse, et, en un instant, plus rien d’autre ne comptait. Merlin se sentait comme le beau jeune homme qu’il avait été des siècles auparavant, naïf et insouciant. Deux autres femmes aussi belles et aussi envoûtantes sortirent des eaux de l’Aronde et se mirent à chanter à l’unisson :

Viens dormir près de moi,

Viens dans notre royaume…

Prends-moi dans tes bras,

Tu sentiras les doux arômes…

De notre tendre amour

Avec nous, pour toujours…

Rejoins-nous Merlin

Rejoins-nous jusqu’au matin…

Dargo dormait profondément. Merlin se leva et sans hésiter avança lentement dans l’eau, les mains tendues en avant. Le regard vide, n’écoutant plus que les voix hypnotiques, il voulait s’abandonner aux flots mortels de l’Aronde.

(chap 14 « Viens dormir près de moi… »)

Sirene

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau